
Conseils / Orthopédie
Tendinite de De Quervain : la douleur du poignet côté pouce, et ce qui la fait guérir
Relu et validé par Dan Hallel, docteur en pharmacie, pharmacien titulaire de la Pharmacie Vauban (Strasbourg) — mis à jour le 02/09/2026
C'est une douleur très localisée, presque toujours décrite de la même façon : « ça me lance là, sur le bord du poignet, du côté du pouce ». Verser une casserole, tourner une clé, soulever un enfant, tenir son téléphone — chaque geste réveille le même point. Cette tendinite porte le nom du chirurgien suisse qui l'a décrite : la ténosynovite de De Quervain. Elle est banale, elle se soigne bien, mais elle demande de la patience et surtout la bonne orthèse. Ces informations ne remplacent pas une consultation médicale.
La tendinite de De Quervain, qu'est-ce que c'est ?
Deux tendons commandent l'écartement et l'extension du pouce : le long abducteur et le court extenseur. Ils cheminent côte à côte dans une gaine étroite, à la base du pouce, juste au-dessus de la saillie osseuse du poignet. Quand ils sont sollicités trop souvent ou trop fort, cette gaine s'épaissit et s'enflamme : les tendons y coulissent mal, et chaque mouvement du pouce devient douloureux. On parle de ténosynovite parce que c'est bien la gaine, autant que le tendon, qui est en cause.
C'est le mécanisme qui explique tout le reste : tant que le pouce continue de travailler comme avant, la gaine reste irritée. Le traitement consiste donc d'abord à lui offrir le repos qu'elle réclame.
Comment reconnaître les symptômes
La douleur siège sur le bord externe du poignet, du côté du pouce, et elle irradie volontiers vers l'avant-bras. Elle s'aggrave dès qu'on se sert de la main, et particulièrement sur trois gestes : saisir un objet en pince, tordre (essorer, visser, ouvrir un bocal) et écarter le pouce. Un léger gonflement peut se voir à cet endroit, parfois une gêne au frottement quand on bouge le pouce.
Le médecin dispose d'un test simple et immédiat, appelé test de Finkelstein : on ferme le poing en enfermant le pouce à l'intérieur des doigts, puis on incline le poignet vers l'auriculaire. Si le geste déclenche une douleur vive à la base du pouce, le diagnostic est très probable. Une échographie, ou plus rarement une IRM, sert à confirmer l'inflammation quand il y a un doute — le diagnostic reste avant tout clinique.
Qui est concerné : jeunes parents, gestes répétés, métiers exposés
Trois profils reviennent constamment au comptoir. Les femmes autour de la cinquantaine, chez qui cette tendinite est la plus fréquente. Les jeunes parents, à force de soulever un bébé des dizaines de fois par jour, les pouces écartés : c'est un classique des premiers mois, et il disparaît souvent quand l'enfant grandit et que le geste change. Et toutes les personnes dont le travail répète les mêmes mouvements du poignet et du pouce.
Cette dimension professionnelle n'est pas anecdotique : la ténosynovite de De Quervain figure nommément au tableau n° 57 des maladies professionnelles, qui vise les sollicitations excessives ou répétées des tendons — gestes de flexion-extension du poignet, prises serrées, outils comme le sécateur, mais aussi bricolage, jardinage, sports de raquette, travail au froid et exposition aux vibrations. Si votre poignet souffre à cause de votre poste, parlez-en à votre médecin traitant et au médecin du travail : une reconnaissance est possible, et le poste lui-même peut être adapté.
Quelle attelle pour une tendinite de De Quervain ?
C'est la question la plus posée, et elle mérite une réponse en deux temps. La logique d'abord : ce sont les tendons du pouce qui souffrent, donc l'orthèse qui les vise le plus directement est celle qui immobilise à la fois le poignet et la colonne du pouce, en laissant le bout du pouce et les autres doigts libres pour attraper les objets. C'est le modèle vers lequel on s'oriente spontanément quand on vient nous voir sans ordonnance.
Mais si votre médecin vous a prescrit une orthèse de stabilisation du poignet, sans prise du pouce, ne la remplacez pas de votre propre chef : ces orthèses ont bien la tendinopathie du poignet dans leurs indications, elles limitent les mouvements du poignet qui participent à la douleur, et elles sont souvent mieux tolérées dans la journée, quand on doit continuer à se servir de sa main. C'est le médecin qui arbitre en fonction de votre examen, de votre activité et du moment de la journée où vous portez l'orthèse. Nous délivrons ce qui est prescrit — et si quelque chose vous semble inconfortable ou mal adapté à l'usage, dites-le-nous : nous en reparlons avec votre prescripteur.
Le repos nocturne est le socle du traitement : porter l'orthèse la nuit évite les positions extrêmes pendant le sommeil, qui réveillent la douleur au réveil. Le jour, on la porte pendant les activités qui déclenchent la douleur, sans la garder en permanence — un pouce immobilisé du matin au soir pendant des semaines s'enraidit.
Deux détails font toute la différence : la **taille** (elle se mesure au tour de poignet) et le **côté** (droite ou gauche, ces orthèses ne sont pas symétriques). C'est le genre de choix qui se règle en cinq minutes en cabine, orthèse au poignet — et c'est notre métier. Si vous avez une ordonnance, apportez-la : ces orthèses sont inscrites sur la liste des produits remboursables, et nous voyons avec vous ce qui s'applique à votre situation.





Ce que vous pouvez faire vous-même
- Repérez le geste qui déclenche la douleur et aménagez-le : porter bébé en glissant les mains sous les aisselles plutôt qu'en écartant les pouces, tenir son téléphone à deux mains, ouvrir les bocaux avec un ouvre-bocal ;
- du froid sur la zone douloureuse, à travers un linge, dix à quinze minutes, plusieurs fois par jour tant que ça fait mal ;
- portez l'orthèse la nuit, et le jour pendant les activités à risque ;
- pour la douleur, le paracétamol est le premier réflexe en automédication, en respectant la dose et l'espacement indiqués sur la boîte ;
- les anti-inflammatoires oraux ont leur place, mais ils se discutent : jamais deux à la fois, cinq jours au maximum, et ils sont formellement contre-indiqués à partir du sixième mois de grossesse. Si vous êtes enceinte ou si vous allaitez — situation fréquente avec cette tendinite — demandez-nous conseil avant de prendre quoi que ce soit.
Combien de temps pour guérir ?
Comptez de l'ordre de trois mois pour une guérison complète, même bien traitée. C'est long, et c'est normal : un tendon et sa gaine sont des tissus peu vascularisés, qui réparent lentement. La douleur, elle, s'atténue bien avant — d'où le piège classique : reprendre tous ses gestes dès qu'on ne sent plus rien, et rallumer l'inflammation en quelques jours.
La bonne méthode est progressive : on reprend d'abord les gestes indolores, on garde l'orthèse la nuit un moment, et on augmente par paliers. Chez les jeunes parents, la guérison suit souvent l'évolution de l'enfant : quand il tient mieux et qu'on le porte autrement, le poignet se calme.
Si ça ne passe pas : infiltration et chirurgie
Quand le repos et l'orthèse ne suffisent pas, le médecin peut proposer une infiltration de corticoïde dans la gaine, souvent guidée par échographie pour viser juste. C'est efficace dans environ deux cas sur trois — un bon score, qui explique qu'on la propose avant d'envisager autre chose.
La chirurgie est réservée aux formes qui résistent. Elle consiste à ouvrir la gaine trop étroite pour libérer les tendons, en ambulatoire. Les suites sont généralement simples ; un engourdissement passager sur le dos du pouce peut survenir et s'estompe progressivement. C'est le chirurgien de la main qui pose cette indication, jamais le comptoir.
Attention à ne pas confondre avec l'arthrose du pouce
Voici la confusion la plus fréquente, et elle a des conséquences pratiques. La rhizarthrose est l'arthrose de l'articulation à la base du pouce, l'articulation trapézo-métacarpienne. Elle touche elle aussi surtout les femmes après 50 ans — sa fréquence est estimée entre 8 et 25 % — et elle fait mal à quelques centimètres seulement de la zone de De Quervain.
La différence se joue sur le mécanisme : la De Quervain est une inflammation de gaine, qui répond au repos et guérit ; la rhizarthrose est une usure articulaire, chronique, qui évolue par crises. Les deux profitent d'une orthèse — les orthèses sont d'ailleurs souvent efficaces dans la rhizarthrose tant que la déformation reste modérée — mais ce ne sont pas les mêmes modèles ni le même projet de soin. D'où l'intérêt d'un vrai diagnostic avant d'acheter : venez nous montrer où vous avez mal, et nous vous dirons si cela relève d'un avis médical.
Quand consulter
- La douleur persiste après une à deux semaines de repos et de port d'orthèse ;
- elle vous réveille la nuit ou vous empêche des gestes du quotidien ;
- le poignet est gonflé, chaud et rouge ;
- vous perdez de la force : les objets vous échappent ;
- des fourmillements apparaissent dans les doigts — la piste devient nerveuse (canal carpien) plutôt que tendineuse ;
- la douleur est apparue après une chute : il faut alors éliminer une fracture, notamment du scaphoïde.
Notre rôle en pharmacie : vous aider à identifier le geste en cause, vous équiper de la bonne orthèse à la bonne taille et du bon côté, et vous orienter sans détour quand le poignet relève du médecin.
Contenu informatif rédigé par le pharmacien titulaire à partir des sources officielles citées (faits vérifiés au 2 septembre 2026). Ce guide ne remplace pas une consultation médicale.